Photographe

Cédric Roux

Photographe

Paris

Cédric Roux - Les Autodidactes
Credit: Warren Lecart

Fasciné par New York et l'Amérique, Cédric Roux, âgé de 18 ans à l'époque, se nourrit inlassablement de livres photos. Sans quelconque motivation, il s'oriente vers un BTS Action Commerciale et travaille sur le terrain après l'obtention de son diplôme. Douze ans plus tard, à l'âge de 30 ans, Cédric se retrouve enfin à New York avec son appareil photo. C'est le déclic, il peut enfin exprimer sa créativité dans cette ville qu'il idôlatrait. Après plusieurs expositions et parutions magazines, en France et dans le Monde, il remporte le prix du public ZOOMS 2018 du salon de la photo à Paris.
Retour sur un passionné de l’image, qui a appris sur le terrain.

Hello Cédric. Tu es photographe autodidacte spécialisé sur la photographie de rue. Pourrais tu te présenter ? Quel est ton parcours ?

Je m'appelle Cédric, j'ai bientôt 37 ans, je suis photographe de rue. Je suis issu d'une famille sportive. Ma soeur et moi n'avons jamais été inscrits à un quelconque cours d'art. Je faisais exclusivement du sport, et je regardais beaucoup de films. J'ai longtemps été fasciné par New York, les USA et la photographie de rue sans jamais oser faire de photos, sans jamais me rendre aux USA. Par contre, je regardais beaucoup de livres de photographies de rue, de livres sur New York et sur l'Amérique en général. L'année de mes 30 ans, on m'a offert un appareil photo et un voyage à New York. Je ne pouvais plus tellement reculer sinon j'aurais du mal à me regarder dans la glace. Dès mes premiers pas dans la ville, j'ai photographié les gens sans crainte, sans retenue, j'étais lâché dans une ville et une atmosphère sur laquelle je fantasmais. Les premières images que j'ai faites m'ont "plu" mais une fois la semaine terminée, j'ai reposé mon appareil. Revenir dans mon pays me remettait des barrières. Je l'ai ressorti brièvement par ci par là, puis je suis reparti à New York, seul, 16 mois plus tard. Le déclic s'est réellement produit là, depuis ce moment je n'ai plus rangé l'appareil. Depuis, j'ai sorti un petit livre en vente par souscription, qui s'est vendu en 211 exemplaires durant une période de commande limitée. J'ai été finaliste de nombreux festivals, à Miami, San Francisco, Londres, ou Rome. Fin 2018, j'ai reçu le prix du public ZOOMS 2018 du salon de la photo de Paris. J'ai également été exposé à la Maison de la Photographie de Toulon et j’ai été publié dans quelques magazines (AMERICA, France Amerique Magazine et Compétence Photo entre autre).

À quel niveau d’études t’es tu arrêté ? Qu’est ce qui t’a poussé à être autodidacte dans la photo ?

N’ayant jamais réellement trouvé ce qui pouvait m’intéresser dans les études et n’ayant pas cette vocation artistique ancrée en moi depuis longtemps, les études ont été vraiment un chemin compliqué pour moi. J’ai poursuivi 2 ans d’études, dans un BTS fourre tout du type Action Commerciale (si mes souvenirs sont bons) et j’ai vite trouvé un travail, dès la fin du BTS, pour arrêter le massacre. En me « lançant » à 30 ans dans la photographie, être autodidacte était clairement une nécessité, si je voulais continuer à pouvoir voyager pour faire des photos de rue, tout en ayant un appart’ et de quoi manger. Je ne pouvais pas arrêter de bosser. Puis, vu mon rapport à l’apprentissage scolaire, je me suis dis qu’en apprenant tout seul, je n’aurais pas de contrainte (autorité, programme...)

Quels sont, selon toi, les aspects positifs et négatifs à ne pas avoir fait d’école de photo ?

Ne pas avoir fait d’école de photo m’apporte je pense une grande liberté de création dans mes compositions. Je ne me mets aucune barrière car je n’ai aucune règle si ce n’est les règles que mon esprit a créé lui-même en regardant des milliers d’images, avant d’oser commencer à en faire. Maintenant, c’est peut-être une idée que je me fais, je ne sais pas ce qui est fait dans les écoles de photo. Cependant, quand on me parle de l’aspect purement technique de la photographie, je n’ai pas honte de dire que je me sens complètement largué. Apprendre dans une école de photo m’aurait évidemment permis de combler ce manque certain, mais on en revient toujours au même, apprendre dans un cadre classique aurait il pu me convenir ? Je ne pense pas.

Par rapport à ceux qui sont sortis de grandes écoles de photo, est-ce que tu t’es senti en décalage, à un moment donné, ou, au contraire, pas du tout ?

Honnêtement, quand je regarde des images, je me fous de savoir qui les a faites. Quand je dis « qui » je parle de savoir si l’auteur a fait une grande école, une petite école, ou juste pris un appareil et ses baskets pour aller faire ses photos. La seule chose qui m’intéresse, c’est son résultat. Est-ce que sa photo me touche ou non, car selon moi, transmettre une émotion, raconter une histoire avec une image de rue, ça ne s’apprend pas en allant à l’école. Cela s’apprend en observant sans cesse les autres, en multipliant les images, en aimant les gens que l’on photographie. Et fondamentalement, je crois que les gens qui font ça, l’ont en eux. Après, comme je l’ai dit, pour moi, peu importe d’où tu viens si tu as quelque chose à raconter, à montrer. Étant également passionné par le portrait, plus particulièrement le portrait d’artistes, je peux me sentir en décalage sur cette partie là. En effet, j’ai l’impression de voir beaucoup plus de recherche dans les portraits faits par des gens issus de grandes écoles, plus d’artifice, mais c’est une bonne chose, cela ajoute de la diversité aux images disponibles.

Y a-t-il eu un événement marquant / un déclic / l’aide d’une personne (…), qui t’a permis de te lancer dans ce que tu fais aujourd’hui ?

Me concernant, il y a eu, je pense, plusieurs déclics favorisant mon envie de me lancer là dedans, de faire des images, de les montrer. Le 1er voyage à NY et l’appareil photo que l’on m’offre. Puis le gros déclic, ce nouveau voyage un peu plus d’1 an plus tard, complètement seul. En rentrant, je veux repartir ailleurs, aller faire de nouvelles photos, puis surtout je veux photographier les français, ne plus me restreindre à faire des photos à l’étranger. J’ai envie de casser les barrières que je m’étais mises. Ce fut une surprise pour tout le monde dans mon entourage, donc c’était également très personnel, je m’étais créé cette envie dans mon coin, en me gavant d’images.

En tant qu’autodidacte, est-ce que tu as déjà eu la sensation de t’être lancé dans quelque chose de vertigineux/ambitieux, justement, pour pallier au manque de diplômes ?

A aucun moment, j’ai eu l’impression de me lancer dans quelque chose de vertigineux, tout simplement car tout est venu petit à petit, sans chercher quoi que ce soit. Je voulais juste faire des photos, raconter des histoires, je n’avais pas d’attentes. Par contre, je voulais les montrer, dès lors que je prends le parti de capturer ce que je vois, je veux montrer tout ça à ceux qui ne prennent pas le temps de le faire.

Est-ce qu’il y a quelque chose que tu n’as pas pu faire à cause du manque de diplômes ?

Je n’ai pas en tête d’appel à auteur auquel je n’ai pas pu prétendre par manque de diplômes. Par contre, j’en ai un paquet en tête où mon âge posait un problème, ça m’apprendra à avoir mis autant de temps à me décider. Enfin, il y a ceux destinés aux photographes professionnels où clairement je me pose toujours mille fois la question avant de (ne pas) postuler. De toute façon, sur ce genre d’évènement, mes barrières reviennent très vite autour de moi. Combien de fois je n’ai juste pas osé envoyer un dossier car je me dis que ça n’est pas un assez bon travail. Mais, je travaille sur moi-même pour m’affranchir de ces peurs.

Enfant ou adolescent, étais tu déjà attiré par le métier que tu exerces maintenant ? Penses-tu que ce que tu as vécu dans ton enfance-adolescence t’a aidé à avoir ensuite un parcours atypique, sans diplôme, ou pas du tout ?

Cette passion pour la photographie de rue m’est arrivée tardivement, vers 17-18 ans, il m’a fallu ensuite 12 ans pour oser faire des photos. Et peut-être que si on ne m’avait pas offert d’appareil photo, je n’en ferais toujours pas. De plus, il est évident que mon rapport à l’apprentissage scolaire durant mes études ne m’a pas poussé vers des cours de photographie lorsque j’ai commencé à la pratiquer.

À l’école, est-ce que tu t’es senti bien conseillé en terme d’orientation d’études ?

Avant même de réfléchir à savoir si j’ai bien été orienté, je me pose la question de savoir si j’ai été bien compris en tant que personne, qu’être. La réponse est non, définitivement. Mais, je n’ai rien à reprocher aux gens qui m’ont encadré dans ma vie scolaire, je changeais d’envie sans cesse, mais je pense qu’il y a un vrai travail à faire sur le système scolaire. Bien sur, il y a des exceptions, mais j’ai l’impression qu’on nous robotise, et qu’on ne laisse pas assez de place à la créativité, au développement et surtout à la personnalité de chacun.

Pour toi, comment sont vus les autodidactes en France ?

Je pense que notre époque est propice à l’avènement des autodidactes car on peut montrer notre travail à un grand nombre beaucoup plus facilement. Et ainsi trouver son public, ce qui pourra permettre d’intéresser ensuite les professionnels. Maintenant, structurellement, la France est un peu frileuse, et les institutions, les producteurs de cinéma, les galeristes sont, j’ai l’impression, toujours plus facilement intéressés par des artistes sortant d’écoles reconnues. Alors qu’une partie de leur métier est aussi de trouver des artistes prometteurs, qui ne sont pas sur les radars classiques et de les sortir, de les connaitre. Maintenant, il ne tient qu’à nous de faire parler de notre travail, car avec ou sans aide, on veut raconter nos histoires, vivre des aventures incroyables, et faire naître nos envies.

Un mot de la fin ?

Mes projets sont actuellement à l'état de réflexion, donc je ne peux en dire plus. Je n'hésiterai pas à faire appel à vous si jai besoin d'écho une fois qu'un ou plusieurs projets auront vu le jour réellement. Sinon, cet endroit me semble parfait pour rappeler que je m'intéresse beaucoup au portrait en photographie, plus particulièrement les artistes en tout genre. Donc si mon univers vous plait, et que ça vous dit, que vous êtes artistes, que vous en connaissez ou même juste que vous avez envie de vous faire photographier, contactez moi, voir si l'on peut faire quelque chose ensemble.